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Zara Moussa
Par Webmaster Publié le 14/09/2012
Zara Moussa, alias ZM, n’est plus à présenter sur la scène hip hop nigérienne. Sur la scène rap depuis 2002, elle revient d’une tournée en France effectuée en juillet 2012. L’occasion de revenir sur le parcours de ‘la voix de celles qui n’ont pas de voix’.
Qu’est ce qui t’a poussé dans le rap ? Je pense que c’est ce que Dieu a choisi pour moi. Le rap c’est la musique de ma génération. Rapper à l’époque pour moi c’était un défi de femme. A cette époque seule Marie Diallo rappait mais avait malheureusement abandonné après la sortie de son single. Je voulais prouver que la femme aussi était capable de battre des records. J’ai eu la chance d’avoir une famille qui me comprend dans ce que je fais. Au vernissage de mon premier opus, mon papa était au premier rang dans la salle, je l’ai présenté aux spectateurs, j’en étais très fière.
Le rap, c’est quoi pour toi ? Pour moi c’est une musique de revendication sociale. C’est au moment où les afro-américains étaient confrontés à des problèmes, à des difficultés avec la violence, les armes qui ne cessaient de se multiplier dans leurs quartiers que le rap s’est développé aux Etats-Unis d’Amérique. C’est pour dire que c’était face à toutes ces injustices et toutes ces violences que des jeunes ont créé justement cette musique, pour revendiquer et pour dénoncer. Au Niger nous vivons dans une société musulmane où la parole est pratiquement interdite à la femme donc je me suis dit que je pourrais chanter les choses en m’exprimant à travers le rap. C’est-à -dire, dire haut ce d’autres disent bas, en dénonçant la violence faite aux femmes, les conditions de vie des femmes et réveiller les consciences des jeunes. Dans ce combat, mon but premier c’est de conscientiser la femme nigérienne. D’ailleurs le premier titre que j’ai composé en 2002 s’intitule ‘femme objet’. Cette chanson je l’ai composée suite à un concours appelé ‘Prix de l’Ambassade de France’ organisé par le CCFN de Niamey dont j’ai été lauréate. J’ai gagné 200 000 Fcfa avec ce premier prix et je suis aussitôt entrée en studio pour sortir le titre ‘femme rurale’. Aujourd’hui j’ai deux albums. Le premier ‘Kirari’ est sortit en 2005. Il est composé de 12 titres. Mon second album s’intitule ‘Ma rage’. Il vient de sortir en juillet 2012. Il est également composé de 12 titres également. Pour cet opus j’ai signé un contrat avec un label dirigé par Ollivier Leroy, un musicien qui joue d’ailleurs avec moi lors de mes tournées en Europe. Pour ces concerts je joue également avec deux nigériens, à savoir le grand chanteur Yacouba Moumouni et Seyni, qui sont tous les deux membres de la formation Mamar Kassey. Lorsque mon producteur m’a proposé le choix de ces deux grands artistes nigériens, j’ai sauté de joie. Etre accompagné de Yacouba est un honneur pour moi. Ensemble, avec les musiciens nigériens et français nous avons fait un travail remarquable. ‘Ma rage’ est une révolution du rap. Cet album a été enregistré à Niamey, finalisé en France puis masterisé en Allemagne. C’est un travail de pro.
Parles-nous de ce contrat que tu as signé. C’est un contrat de deux ans que j’ai signé avec le Label caravane. Ils vont investir dans la production, chercher un éditeur, trouver des dates pour des spectacles en Europe. Ce producteur ne maitrise pas le marché africain mais je lui ai fait comprendre que j’aimerais bien faire aussi ma carrière en Afrique de l’Ouest. Il m’a donné le feu vert. Là déjà j’envisage une tournée dans la partie Ouest Africaine. Ma première sortie depuis la signature de ce contrat c’était en Octobre 2011. C’était une tournée d’un mois au Danemark. Nous avons aussi participé au Womex qui est une grande rencontre d’artistes, de producteurs, de tourneurs, de festivaliers. C’est une gigantesque foire de la world musique. J’y ai fait la promotion de mon album ‘Ma rage’. En juillet 2012 je suis parti en Bretagne (France) pour le festival ‘Les vieilles charrues’ qui est l’un des plus grands festivals en Europe. Ce festival réunit au moins 260 000 personnes. C’était un honneur pour moi de pouvoir participer à ce festival, et c’était une fierté pour moi de représenter le Niger. Je pense que c’est la première fois que le Niger participe à un si grand festival de musique. Là bas, j’ai rencontré des gens comme Bob Dylan, Amadou et Mariam, le groupe Gossip, etc.
Quels sentiments t’habitent maintenant que tu as signé ce contrat? Je suis contente. Je suis contente de voir que ce que je fais commence à donner des fruits. J’ai semé des graines et aujourd’hui je commence à cueillir les fruits, c’est ce que ça signifie en fait. Je pense que ça ne va pas s’arrêter là , je voulais dire que ma carrière aura de l’avenir plus que ça. Ça ce n’est qu’un début pour moi. Toutes les grandes vedettes sont passées par là . On passe par là pour devenir grand. C’est vraiment une grande chance pour moi d’avoir signer ce contrat, merci à Ollivier Leroy. Ce sont des perles rares les producteurs comme Ollivier. Il est juste dans ses contrats. Il ne se soucie pas seulement de ce qu’il va gagner, il se soucie également de ce que l’artiste va gagner. Signer ce contrat m’a beaucoup grandit, j’en suis vraiment heureuse.
L’album en main, que comptes- tu faire à présent ? Je compte mettre une équipe en place. Avec mes multiples voyages en Europe j’ai acquis plusieurs expériences, par exemple sur l’encadrement des artistes, sur l’organisation. C’est ce que nous n’avons pas ici au Niger. Nous n’avons pas ce marketing artistique et culturel. Ici il manque ce côté professionnel d’organisation de spectacle ou de gestion d’un artiste, c’est ce que je compte faire : mettre en place une équipe ou bien carrément un bureau ZM. Une seule personne ne peut pas tout faire à elle seule et pourtant c’est ce que font nos artistes d’ici et en fin de compte ils se retrouvent en face du mur. Il va falloir révolutionner ce secteur en commençant par moi. Peut être que je parviendrais à donner l’exemple aux promoteurs et aux artistes. Pour le vernissage de ‘Ma rage’ qui aura lieu bientôt je compte mettre en place un comité d’organisation. Je vous rappelle que c’est depuis 2005 que j’ai arrêté les scènes au Niger. Bon nombre de gens pensent que j’ai abandonné la musique. C’est au Niger que je me suis fait rare sur les scènes, mais j’ai eu à faire des scènes à l’étranger, par exemple au festival Assalamaleykoum en 2009 à Nouakchott en Mauritanie. Je suis allée aussi plusieurs fois en France pour des petits projets comme faire des spectacles de café citoyen par exemple.
Ton avis sur le rap nigérien. Ce rap a besoin d’être professionnalisé. Il doit être original, typiquement nigérien. Qu’on arrête d’imiter les américains. Nous n’avons pas les mêmes histoires, nous n’avons pas les mêmes problèmes, nous n’avons pas non plus les mêmes cultures. Nous devons parler de nos réalités dans nos compositions. Il y a également ce côté amateur qui doit être corrigé. Il ne suffit pas juste de faire un single ou un album pour croire qu’on fait déjà partie du mouvement, non ! Il faut mettre du sérieux dans ce que l’on fait. Je ne dis pas qu’il n’y a pas du bon rap, mais sincèrement nous sommes beaucoup en retard par rapport aux autres pays. En fait c’est la musique nigérienne en générale qui a du retard. Il est vrai que la musique n’est pas enseignée dans notre système éducatif, mais il existe tout de même un centre de formation (CFPM) qui est là sauf que les artistes font semblant de l’ignorer.
Ton dernier mot J’espère que la femme prendra conscience de son rôle et de sa place dans société. Que mes camarades rappeurs essaient de travailler d’avantage pour que notre rap dépasse les frontières.
vendredi 14 septembre 2012 Dans la même catégorie |
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