|
Harouna Ali Maïga
Par Webmaster Publié le 07/06/2012
Rencontre avec Harouna Ali Maïga, connu des mélomanes sous le nom de Johnny Ali Maïga. Né en 1952 à Gao (Mali) il est artiste musicien et joue de plusieurs instruments traditionnels. Il lui arrive également souvent de chanter.
Parles-nous de ton parcours musical. J’ai débuté la musique dès mon bas âge, en 1959, en jouant de la flute. C’était un jouet que j’avais acheté à 25 Fcfa chez le boutiquier du quartier. Un ami d’enfance m’a appris à jouer. En quelques semaines j’étais devenu le meilleur de tous les enfants de mon âge. En 1967 j’ai enfin pu avoir une flute professionnelle. Parallèlement j’ai appris à jouer de la guitare en 1968. Deux ans après j’ai quitté Niamey pour Abidjan (Côte d’Ivoire). Là , je me suis payé une guitare et pourtant je ne savais même pas comment l’accorder. J’ai mis deux ans pour pouvoir comprendre. A mon retour à Niamey en 1974, j’ai donné un spectacle pour les élèves de l’école primaire Mission Catholique au CCFN. Ce spectacle s’était déroulé en présence de deux ministres. En 1975 j’ai enregistré ma première chanson ‘Taïna’. Ce n’est pas l’une de mes compositions. Parmi les joueurs de flute au Niger je peux citer Yacouba Moumouni, Fati Mariko, Moundjo et Moi. Mais c’est Fati seulement qui joue de la flute professionnellement. Elle a le même niveau que le maestro Bonkana Maïga. Malheureusement elle a accordé plus d’importance à la chanson. Yacouba lui, il joue de la flute traditionnelle. Il copie Moundjo en essayant de moderniser le style de ce dernier. Quant à moi je joue de la flute moderne. Présentement je suis avec l’orchestre Etoile de Zongo. Nous sommes sur un projet qui je l’espère sera beaucoup apprécié à sa sortie. En 2005, avec ce groupe nous avons été invité en Lybie pour 20 jours. C’est la seule et unique fois que j’ai voyagé pour la musique.
Qu’est ce que la musique t’a apporté, jusqu’ici ? Les artistes nigériens n’ont jamais gagné quelque chose dans la musique à plus forte raison moi qui suis venu d’ailleurs. Je n’ai absolument rien gagné mais je ne suis pas étonné, c’est à l’image du pays. Ici au Niger on ne peut persévérer dans la musique mais il y en quelques uns qui s’en sortent pas mal. La musique ne va pas bien dans ce pays. Musicalement le Niger est dernier en Afrique, même si on ne veut pas l’admettre. Ce problème remonte depuis le régime du président Diori Hamani. C’est depuis ce moment que la musique n’est pas considérée. A cette époque celui qui fait de la musique est classée parmi les griots. Il y a aussi le fait que cette musique s’est refermée sur elle-même. Elle n’a pas fait place aux étrangers. C’était la même chose au niveau du football nigérien. Avant il n’y avait que des nationaux dans ce milieu. C’était pour quoi il a passé des décennies sans franchir les frontières. Aujourd’hui qu’ils ont intégré des expatriés, vous avez tous vu les résultats ! Je pense que si cette méthode était appliquée au niveau de la musique, elle pourrait sortir la tête de l’eau. Les chanteurs nigériens font des bonnes compositions, ils chantent bien également mais le problème c’est qu’ils n’ont pas de musiciens professionnels. Aujourd’hui cette musique n’est même pas écoutée au Burkina Faso et c’est parce qu’elle n’est pas bonne. Les musiciens jouent du n’importe quoi, à commencer par moi. La musique, ça s’étudie. Ce n’est pas du hasard. Le seul orchestre nigérien qui a joué à peu près de la bonne musique jusqu’ici était l’orchestre communal que le président Kountché avait mis en place en 1987. Cet orchestre était constitué de plusieurs nationalités. Malheureusement il n’a pas existé longtemps. Aujourd’hui le Niger n’est bon qu’en musique traditionnelle. C’est aussi peut être parce que personne ne peut comprendre s’il y a erreur ou pas dans cette musique. Mais ce qui est sûr la musique moderne nigérienne n’est écoutée que par les nigériens. Elle doit être reprise à zéro.
jeudi 7 juin 2012 Dans la même catégorie |
|
Newsletter
|