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Sur les traces des jeux traditionnels perdus
Par Bello Marka Publié le 05/06/2012
Autrefois, dans le Damagaram, tout comme dans les autres contrées du Niger, sur la place publique, ou l’arbre à palabres des villages, ces réserves toutes indiquées de nos traditions, avaient lieu les animations culturelles ou sportives.
On y faisait contes, devinettes, chants des jeunes filles ou « Waké ». On jouait le Langa, jeu de cloche pied, le Kodogo, le jeu de dames traditionnel. On y faisait également le Shorro, l’épreuve du fouet chez les peulhs, le Dembé, la boxe traditionnelle chez les haoussas. Mais, de plus en plus, ces jeux -qui ont leur rôle et leur place dans nos sociétés traditionnelles- sont en train de disparaître au profit d’autres jeux importés. Moussa, un quinquagénaire du canton de Hamdara situé à une cinquantaine de kilomètres de Zinder, raconte: « Jusqu’à mes vingt ans, avec d’autres jeunes de mon âge, nous organisions des tournois de Langa où des jeunes sont sélectionnés pour affronter les équipes des villages environnants. On se mesurait. On liait amitié. C’était une véritable fête !». « Aujourd’hui, l’arène du Langa, a été complètement désertée. Seuls des bambins la fréquentent ! », conclue avec amertume le vieux Moussa, D’autres jeux dont le Shorro, pratiqués par nos frères Peulhs, ont été décriés par des associations de défense des droits de l’homme. Les raisons ? Le Shorro est une manière de cultiver la violence ! Diallo, professeur de philo, donne son point de vue : « l’épreuve du fouet sert au jeune Peulh à mesurer son degré de maturité. Quand les jeunes Peulhs ne se défoulent pas et accumulent leur agressivité, qu’on ne soit pas surpris si, lors des rixes, ils fassent exploser cette violence. » « Les défenseurs des droits de l’homme, au lieu de décrier le Shorro, plutôt, auraient dû lui trouver des règles pour le rendre plus souple», ajoute le jeune professeur. Quant à Ibrahim Adam, la soixantaine révolue, mordu de lutte traditionnelle, il pense que chaque jeu traditionnel est d’abord éprouvé par le temps et par l’expérience. En plus, un jeu est régi par tout un ensemble de codes secrets et de règles dont il tire sa substance et qui expliquent son utilité sociale ». Le Dembé et le Faka qui sont, l’un, la boxe traditionnelle et, le second, le choc des corps, sont encore pratiqués dans nos campagnes où il n’est pas rare que des tournois, pour le premier, se tiennent à Magaria et opposent aux combattants locaux ceux venus du Nigéria voisin. « Depuis que les feux des veillées se sont éteints et que la place publique des villages s’est vidée au profit des lieux de projection vidéo et des jeux importés, les soirées de conte qui, outre le conte lui-même, permettaient aux jeunes d’exceller dans la joute verbale, la mémorisation du texte, la prise de parole en public, les danses des jeunes filles, le Langa, le Shorro et bien d’autres jeux traditionnels bien de chez nous ont disparu ou sont en voie de l’être. Pourtant, nos jeux rendaient les relations humaines plus chaleureuses. Ils étaient un moyen d’intégration et d’unité nationale à travers les rencontres et les brassages », fait remarquer Amadou Moussa, instituteur de Gouré. Badamassi, Dan kama de Matamèye, lui, ajoute : “ souvent le manque de relève contribue aussi à tuer les jeux traditionnels. Des professions comme celle de Yan Gambara, de Yan Kama, de Yan Tauri, sont en voie de disparition simplement parce que les jeunes ne les embrassent plus ». Mallam Mamane, cordonnier du quartier Birni de Zinder, abonde dans le même sens : « considérons le Kurukutuku wayyo gobro, ou la traque des célibataires endurcis, jeu très apprécié des Zindérois, qui avait lieu pendant les mois de ramadan. Bien que ce soit une tradition assez vieille, il a suffit juste que El hadj Titi, l’artiste qui l’organise, meure, pour que ce jeu cesse d’être pratiqué ». « Les mauvaises interprétations que font certains hommes de science de nos traditions, dont nos jeux traditionnels, participent également à la disparition de ce patrimoine artistique et culturel», soutient Mamane Nouri, un ancien champion de Dembé de Tinkim. Comment redonner valeur à nos jeux traditionnels ? « C’est une question de choix politique. Il faut d’abord responsabiliser les Maisons de Culture. Il faut répertorier ces jeux, procéder à leur collecte, les intégrer parmi les disciplines de la culture. Et trouver le moyen de les enseigner aux enfants à l’école. Lors des manifestations culturelles -le cousinage à plaisanterie par exemple-, on doit leur donner de la visibilité. Ensuite, il faut initier la tenue des tournois de ces jeux au niveau des villages et des cantons qui en sont la source. Quant à nos artistes, ils doivent faire des campagnes de sensibilisation qui assurent la promotion de nos jeux traditionnels, condition indispensable à leur sauvegarde », conclue Illia, animateur culturel. Bello Marka
mardi 5 juin 2012 Dans la même catégorie |
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