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Djingarey Maiga
Par Webmaster Publié le 21/05/2012
Rencontre avec le cinéaste Djingarey Maiga.
FOFO :Parlez-nous de vos débuts cinématographiques. DJINGAREY :J’ai débuté très tôt le cinéma en 1962. Je l’ai étudié à ma façon en m’inspirant des journaux qui parlaient de cinéma. C’est vite devenu une passion, je ne voulais rien faire d’autre que du cinéma mais je me demandais comment je pouvais m’en sortir, puisque le cinéma n’existait pas du tout au Niger. En 1964 j’ai rencontré Moustapha Alhassane, je travaillais encore à la Nigelec en tant que receveur à ce moment. J’avais découvert Moustapha dans le seul journal nigérien de l’époque qui s’appelait ‘Le temps du Niger’. Il avait déjà réalisé un court métrage intitulé ‘Aouré’. Je suis allé le voir et nous avons beaucoup discuté afin de voir ce que nous pourrions faire ensemble. A la fin de notre discussion nous nous sommes entendu pour faire un film ensemble. Juste après cette rencontre Moustapha est parti au Canada pour un an. Je me suis replongé dans mes soucis tout en continuant toujours à rêver. La même année j’ai rencontré des blancs qui voulaient tourner un film à Dakar. Ce film s’appelait ‘Liberté 1’. Après quelques essais et quelques tests ces derniers ont été satisfaits du talent que j’avais déjà mais ils me trouvaient trop jeune pour le rôle qu’ils auraient voulu me confier. Au retour de Moustapha nous avons travaillé son scénario appelé ‘Le retour d’un aventurier’. Les films de cowboy c’était sa passion. Il m’a offert le rôle principal. Le film a été tourné au Burkina Faso. J’étais toujours à ses côtés, j’étais comme son apprenti. Après ce premier film il s’est lancé dans le long métrage ‘FVVA’. C’était une coproduction entre le Niger et le Burkina Faso où il a été tourné. A cette époque il n’y avait pas encore de cinéma burkinabé. Arrivés là bas nous avons fait la connaissance de Sotigui Kouyaté. Sotigui a assisté Moustapha. C’était alors ses premiers pas dans le cinéma. Moustapha a mis trois ans pour terminer le montage à Niamey. Grâce à cette expérience j’ai décidé de commencer à faire mes propres films. J’ai réalisé mon premier court métrage ‘Le ballon’ en 1973. J’ai tourné au Niger, ça m’a pris un an. Ensuite j’ai envoyé la pellicule à Paris pour qu’on la développe et j’ai fait moi-même le montage à Niamey.
FOFO : Vous aviez le matériel nécessaire ? DJINGAREY : Nous avions tout ce qu’il faut. Boubou Hama avait payé tous ces matériels pour l’IRSH. Il y avait une table de mixage, la table de montage, des caméras, etc. Djouldé Laya qui était alors directeur de l’IRSH avait tout mis à notre disposition.
FOFO :Quand vous êtes vous lancé dans le long métrage ? DJINGAREY :En 1974 j’ai attaqué ‘L’étoile noire’. J’ai montré le scénario de ce film à une américaine qui parlait bien le français. Cette peace corps a saisi pour moi ce scénario à la machine. Il faisait à peu près 75 pages. J’ai même joué dans ce film. Après le tournage, l’IRSH par le biais de son directeur, a débloqué les frais pour développer la pellicule à Paris, vu que je n’avais pas les moyens. Là également j’ai fait le montage tout seul avec les matériels de l’IRSH. En 1975 il y a eu la semaine du cinéma Jean Rouch à Niamey. Monsieur Débri qui s’occupait du cinéma africain à Paris était parmi les invités. Après avoir visionné les images de ‘L’étoile noire’ il m’a proposé une formation en France. Moi je lui ai proposé juste de m’aider à finir mon film. C’est ainsi qu’une semaine après être rentré à Paris il m’a invité pour un mois et m’a mis en contact avec une équipe pour la finition du film. En 1976 je l’ai présenté au festival de Ouagadougou. C’était le film le plus populaire. Il a eu le prix de la commune de Ouagadougou. A la remise de ce prix toute la salle s’est levée pour me féliciter. Ce geste m’a donné une grande force pour continuer le cinéma. En 1977 j’ai attaqué ‘Nuage noir’ puis ‘Aube noire’ en 1982, ‘Miroir noir’ en 1991 et ‘Vendredi noir’ en 2000. Ce dernier film parlait des dérives des politiciens. Il a permis d’accompagner l’Etat dans son processus de démocratisation. Ce film a été classé premier à Bruxelles l’année de sa sortie. Pape Sene qui s’occupait des films à Bruxelles m’a appelé pour savoir si j’avais été interpellé dans mon pays pour avoir sorti ce film. Je lui ai répondu « Non, je vais bien, merci ». Mais après j’ai eu des coups bas. En 2009 j’ai réalisé ‘Quatrième nuit noire’. A présent je suis entrain de finaliser ‘Au plus loin dans le noir’ qui sera mon septième long métrage.
FOFO :Pourquoi tout est noir dans vos titres de film? DJINGAGREY :Pour leur donner une référence, une marque de fabrique rapidement identifiable . Mes films sont diffusés dans plusieurs pays mais je ne perçois rien comme droits d’auteur. En principe lorsqu’un film nigérien est diffusé ailleurs, c’est à l’état du Niger de donner les droits au réalisateur, puisque c’est le nom et l’image du Niger qui sont représentés. Dommage, le BNDA n’a pas cette politique.
FOFO :Votre regard sur le cinéma nigérien ? DJINGAGREY :La place qu’occupe notre cinéma est petite aujourd’hui. C’est parce qu’il est marginalisé et que personne ne s’y intéresse au Niger. Au temps du régime de Tandja l’Etat a débloqué 300 millions de Francs CFA pour le cinéma. Cette somme a été gérée par le ministère. A ce moment il n’y avait pas encore de direction de la cinématographie. Le ministre a fait ce qu’il voulait de cette somme. Certes il y a eu la création du centre de cinématographie (CNCN) que nous attendions depuis fort longtemps mais ce que je n’arrive pas à comprendre c’est le fait que le ministre a remis à certains jeunes cinéastes des sommes considérables de dix à vingt-cinq millions de francs CFA pour réaliser des films et que ceux-ci ont juste produits de petits documentaires et se sont acheter des choses qui n’ont rien à voir avec le cinéma. Etre cinéaste ne s’arrête pas à faire des documentaires. En France si tu n’as pas trois longs métrages qui passent dans les salles de cinéma ou sur les chaines de télévisions tu ne seras pas reconnu en tant que cinéaste. Je n’ai rien contre les documentaires, puisque c’est en forgeant qu’on devient forgeron mais je demande aux jeunes qui les font de penser au cinéma, de penser à faire du cinéma. Aujourd’hui nous avons à peu près 12 chaines de télévisions. Chaque année ces chaines reçoivent de la part de l’Etat quinze à seize millions de Francs CFA comme appui. Pour cela je souhaite que ces chaines pensent à diffuser les films nigériens. Qu’est ce que ça coûte à une chaine de payer un ou deux films nigériens afin de les diffuser pour les nigériens au lieu d’aller chaque jour au marché payer des films du Nigeria à 500 Francs CFA. Ces chaines diffusent à longueur des journées des œuvres étrangères. A part le journal télévisé rien d’intéressant ne passe sur ces 12 chaines. Elles diffusent toutes la même chose et ça c’est tous les jours. Ces chaines n’ont pas de programme. Elles n’ont pas de bonnes émissions et pourtant avec les cinéastes, comédiens, artistes nigériens elles pourraient produire de bonnes émissions. L’état du Niger appui tout les ans ces chaines, et malgré tout elles sont incapables de payer les œuvres des créateurs nigériens afin de les faire découvrir aux nigériens. Nous devons changer de mentalité. Au passage je remercie monsieur Loïc Crespin l’actuel directeur général de l’ORTN qui, dès son arrivée à la tête cet office a acheté des films nigériens pour une diffusion sur Télé Sahel. Ce monsieur a même donné cette opportunité à la famille du défunt cinéaste Oumarou Ganda qui jusqu’à présent n’avaient jamais rien perçu avant.
FOFO :Votre dernier mot ? DJINGAREY :je souhaite que les aides destinées au cinéma passent directement dans les comptes du CNCN et non dans ceux du ministère. Bon vent au cinéma nigérien, bon vent à Fofo magazine.
lundi 21 mai 2012 Dans la même catégorie |
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