par XAVIER GILLES, notre correspondant au Togo
Ecrivain d’origine nigérienne vivant au Togo, Hélène Kaziendé nous parle dans le présent entretien de sa passion pour l’écriture en général et de la littérature africaine, le tout à travers le prisme de la parution de son roman « Aydia » en octobre dernier.
Bonjour Hélène Kaziendé. Présentez-vous à nos lecteurs.
Togolaise d’adoption, je viens du Niger, je suis enseignante et journaliste de formation, passionnée d’écriture, je suis mariée et mère de trois enfants.
Qu’est-ce qui vous a poussé à l’écriture d’une façon générale ?
C’est bizarre, je ne me suis jamais dit que j’allais devenir écrivain un jour, je ne pense pas d’ailleurs qu’on puisse dire qu’on est destiné à être écrivain. Mais depuis quelques années, j’éprouve un besoin, celui de dire le monde et ses murmures, de rompre les silences pour révéler les silences du non-dit. J’éprouve ce plaisir de m’emparer de la langue et de lui imprimer mon cœur, mes points de vue, mes espoirs, mes rêveries, mes blessures, le monde tel que je le vois, tel que je l’entends.
L’écriture est aussi un exutoire pour moi. J’ai le sentiment que je ne vivrai que lorsque je me serai libérée de toutes ces poussières accumulées dans ma mémoire ; je dois écrire pour ne pas mourir étouffée.
Mais il faut dire aussi que j’ai grandi dans un environnement où les Lettres occupaient une place prépondérante. Mon père qui fut instituteur de l’AOF, féru des Belles Lettres, écrivain lui-même, m’a donné le goût de la lecture ; l’écriture m’est venue ensuite presque naturellement, dans une sorte d’identification à de grands auteurs comme Voltaire, Zola, Camus, Gabriel Garçià Marquez, Henri Lopèz, Tahar Ben Jelloun etc. qui m’ont particulièrement marquée.
Votre premier roman, « Aydia », a paru en octobre dernier aux éditions L’Harmattan, dans la collection Encres noires. Parlez-nous un peu de cette œuvre.
Aydia qui signifie « j’ai vu » en Zarma-Songhaï, est une histoire écrite sur un vaste champ de ruines ; c’est le destin croisé de deux vies, deux jeunes filles qui ont pour seul tort d’être mal venues dans un monde qui n’a rien à leur offrir. Issues d’un milieu avili par la misère, elles naissent prédisposées à tous les vices. Pour échapper à ce fatum, elles essayent d’oublier qui elles sont et de toutes leurs forces elles essayent de devenir autres. Mais elles ont beau se débattre, elles ne peuvent y arriver. La pureté à laquelle elles aspirent n’est pas pour leur race, les parents auxquels elles veulent échapper sont une tare sans remède, un miroir capable de leur faire découvrir les ravages que le temps exercera sur elles. De jeunes filles simples, paisibles, les mieux intentionnées, elles deviennent compliquées, méchantes jusqu’au crime parce que persécutées, niées par la société.
Pourquoi avez-vous abordé le ou les thèmes contenus dans « Aydia » à travers le genre romanesque ?
C’est le meilleur véhicule pour l’expression littéraire, c’est le genre de la « médiation », où l’auteur tente un dialogue entre lui et le lecteur. Lieu de déploiement de la lucidité et de l’esprit, le roman a ceci d’intéressant qu’il te permet d’occuper le temps et l’espace sans aucune contrainte formelle ou stylistique, de greffer ensemble plusieurs histoires, une variété de style, plusieurs thèmes qui s’imbriquent les uns dans les autres pour former ce tout cohérent qu’est l’œuvre dans son ensemble. Je crois que le roman est à sa façon, plus instructif sur les thèmes qu’on veut aborder. Elle décrit, elle explique d’avantage, elle raconte de manière plus concrète l’intérieur des personnages.
En 1990, votre nouvelle, « Le déserteur », a été primée à la faveur d’un concours littéraire organisé par Africa N°1. Résumez-nous le contenu du « Déserteur » et ce qu’il a représenté pour vous dans votre vie d’auteur.
Le thème de ce concours était « Afrique, 30 ans d’indépendances ». Il fallait poser son regard sur les 30 années d’indépendances a
vendredi 6 avril 2007